#EIPA-CONFRONTATIONS/ QUÊTE PRIMAIRE : Les éléments de vie T.1

Posted by AT on Mercredi 17 février 2016

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Editeur : Créer

Auteur : Céline Mouret Corazza

Ouvrage de FANTASY destiné aux lecteurs de 14 à 120 ans !

Sylclef, alchimiste-conteuse, n’est plus la même depuis quelques temps et ses études s’en

ressentent. Pour ne pas sombrer, elle s’enferme dans les livres. C’est la lecture de l’un d’eux,

qui la poussera à partir à l’aventure. Au cours de son périple, elle rencontrera Nosaro, un dragon noir, violent et cruel. Il fera de sa quête la sienne et sans se poser la moindre question, elle le suivra sur les routes oubliées par les hommes. Ils affronteront de nombreux dangers et progresseront mutuellement sur les chemins de la connaissance, sans se douter que ce voyage leurs apportera bien plus qu’ils n’avaient espéré.

Extrait

1

L’APPRENTISSAGE

Sylclef, appuyée à sa fenêtre, fixait avec délectation la masse noire de l’orage que le vent rabattait vers elle et vers l’école Cluasit.

Au premier éclair et au grondement de tonnerre arrivant peu après, elle eut un sourire de plaisir. Elle n’avait pas peur des orages, bien au contraire, elle les adorait et ne se lassait pas d’admirer les arcs d’énergie pure déchirer le ciel.

Elle aspira à pleins poumons la bouffée d’air humide et frais que lui apportait le vent.

L’émission des éclairs se fit plus rapide et les craquements plus forts. Sylclef avait l’impression de ne faire qu’un avec la tempête. Elle extériorisait sa colère grâce aux éléments.

Des nuées d’eau, sous forme de grosses gouttes, balayaient son corps nu, atténuant le feu de la rage qui se consumait en elle.

Était-ce l’eau froide ruisselant sur sa peau qui la rafraîchissait, ou en raison de son excitation devant le spectacle, qu’un frisson lui parcourut la colonne vertébrale ?

Lorsqu’elle se mit à trembler de froid, elle prit alors conscience de la transe dans laquelle elle s’était perdue.

Rabattant ses cheveux collés sur son visage derrière ses oreilles, elle essuya ses yeux remplis de larmes et se tourna indécise vers le centre de sa chambre. L’esprit vide, elle resta là, le dos douché par les vagues successives de pluie.

L’ouverture brusque de la porte, séparant sa modeste chambre du couloir B35, la fit sursauter. Frère Nuph entra en trombe en hurlant :

- Frère Sélin désire que tous les élèves descendent au…

Mais il ne put continuer sa phrase devant la scène. La jeune femme était nue, trempée, ses longs cheveux collés au corps, devant la large fenêtre d’où l’eau entrait et se répandait dans la moitié de la petite pièce.

Les deux jeunes gens se regardèrent un instant, aussi ébahis l’un que l’autre.

Puis rougissant plus que Sylclef, Frère Nuph, fronçant les sourcils pour se donner contenance, gronda.

- Êtes-vous folle ? Fermez cette fenêtre et vite !

Sylclef se retourna et verrouilla les loquets du vitrail représentant une scène de dragon. Pendant ce temps, Nuph, de plus en plus mal à l’aise, tirait une couverture du petit lit. Il enveloppa la jeune femme en restant aussi distant que possible.

Le jeune Frère ne disait rien mais elle vit son regard désapprobateur.

- Dépêchez-vous de descendre ! furent ces derniers mots avant de sortir.

Dans le couloir, Nuph s’adossa au mur et poussa un soupir, autant de soulagement de sa réaction calme, que de regret et désespoir envers l’attitude de la jeune fille. « Sylclef n’est plus la même depuis six mois. Il faudra que j’en parle à Frère Selin. Je n’aurais jamais dû entrer ainsi dans la chambre d’une jeune femme sans frapper à la porte. Il faudra lui faire des excuses. ». Puis il se sentit rougir et sourit involontairement. Elle était si belle ainsi : les yeux brouillés, les seins voluptueux raffermis par l’eau froide, ses cheveux mouillés collés sur ses hanches rondes.

Il descendit l’escalier en colimaçon menant au réfectoire, un sourire en coin. Il aurait bien du mal à oublier une si jolie image.

Sylclef s’habilla en vitesse de son uniforme noir d’écolière, constitué d’un pantalon, d’un pull à col roulé, de chaussettes et mocassins sombres. Il était à la fois chaud et agréable à porter.

Elle sortit de sa chambre et s’engouffra dans l’escalier. Par les petites ouvertures vitrées, le ciel semblait lui décocher des clins d’œil à chaque flash électrique.

Lorsqu’elle entra dans le réfectoire, un air chaud et parfumé d’odeurs alléchantes l’engloba. Tous les élèves étaient là.

Il régnait dans la haute et longue pièce rectangulaire un brouhaha quasi insupportable, où seul un individu habitué pouvait tenir sans avoir à se boucher les oreilles.

Sylclef s’avançait vers sa place lorsqu’elle vit Frère Nuph en grande discussion avec Frère Selin. Elle rougit en repensant à la scène qui avait eu lieu quelques minutes auparavant. Bien que Frère Nuph soit en tort (nul n’entre dans la chambre d’une femme sans frapper), Sylclef était gênée.

Elle s’assit à sa place habituelle, sur le banc avec ses camarades, en essayant de retrouver son calme. Soza assise en face d’elle s’écria alors :

- Et bien Syl, tu es toute rouge, ça ne va pas ? Tu trembles comme un mouton devant un dragon !!!

Sylclef saisit le regard inquiet de son amie. Elle se rendit alors compte qu’elle était parcourue de spasmes et de frissons, la douche glacée de l’orage l’ayant nettement refroidie.

- Bois-moi vite ça ! débita Soza en lui versant une tasse brûlante de racines de ginseng.

Sylclef but avec gratitude une gorgée, en se concentrant pour ne pas trembler, de peur d’éveiller les soupçons du Frère guérisseur Salpil sur elle. Si jamais ce fou s’imaginait qu’elle avait de la fièvre, elle n’échapperait pas à une quarantaine de cinq ou six jours, dans l’atelier « bleu » situé à trois mètres de l’école. Elle ne supportait pas ce lieu, empestant les plantes médicinales où une trentaine de lits s’alignaient et où le froid, à son avis, était la première cause de mortalité plutôt que la maladie ou les blessures. Mais pire encore était l’ennui qui y régnait.

- Pourquoi es-tu en retard, Syl ? D’habitude tu es toujours la première à répondre au son du cor.

Sylclef n’osa répondre à son amie. Comment lui expliquer qu’elle n’avait fait qu’un avec l’orage ? Embarrassée, elle baissa les yeux sur sa tasse.

Soza posa ses mains sur les siennes.

- Tu l’oublieras ma puce, je te le promets, murmura cette dernière.

Sylclef sentit une douleur remonter au niveau de sa poitrine, elle dut inspirer profondément pour éviter de faire couler les larmes qui lui montaient aux yeux.

Pourquoi Soza lui parlait-elle de Panjar ? Cela faisait au moins une heure qu’elle n’avait pas pensé à son ex-compagnon.

Soza poussa un soupir et souriant, les yeux remplis de tendresse, elle lui dit :

- La vie est bien dure parfois, mais je te sais suffisamment forte pour continuer à vivre.

« Suffisamment forte ! » Sylclef eut une pensée ironique. Comment continuer à vivre lorsque tout vous semble dénué d’intérêt. Oh ! Je suis tous les conseils que l’on me donne : m’amuser, regarder les beaux garçons et me fixer des objectifs. Des objectifs, j’en ai bien quelques- uns en ce moment, mais alors qu’avant ils me paraissaient si importants, aujourd’hui ils ne sont que chimères. Suivre les conseils ne m’avance à rien. Continuer à vivre sans toi, sans ton amour, m’est si difficile. Je ne pensais pas pouvoir souffrir autant, oh ! Panjar.

Une fois de plus, l’image de son ancien amant et meilleur ami lui apparut à l’esprit. Sylclef étouffa un sanglot et se força à fixer son attention sur l’assiette de gratin qui venait d’être posée devant elle.

Alors que Sylclef et Soza mâchaient tranquillement leurs pommes en gratin, Yanicette se mit à geindre, apeurée par un éclair et son puissant grondement.

- Comme je n’aime pas les orages ! gémit-elle paniquée, cherchant désespérément du regard un emplacement où se terrer.

Sylclef la prit dans ses bras et lui dit pour la rassurer :

- Tu n’as rien à craindre des éléments, leurs cycles engendrent la vie.

- Oui, mais le feu peut tuer, souffla Yanicette en serrant Sylclef à l’étouffer au moment où un autre éclair fit son apparition.

Le repas terminé, Sylclef et Soza couchèrent Yanicette et restèrent près d’elle jusqu’à ce qu’elle s’endorme.

Puis sortant de la chambre le plus silencieusement possible, les deux amies se souhaitèrent bonne nuit et se quittèrent rejoignant leurs lits respectifs.

Devant sa porte, Sylclef trouva Frère Nuph, l’air sévère.

- Sylclef, j’ai à vous parler !

- Je vous écoute Frère, répondit cette dernière, rouge écarlate.

- Tout d’abord, je tiens à vous faire mes excuses pour tout à l’heure. Il prononça ces mots d’une voix calme et linéaire, mais ses yeux bleus ne cessaient de changer de place. Comme cherchant un point fixe à regarder, le jeune Frère parcourait les murs du sombre couloir pour ne pas avoir à croiser le regard de la jeune femme.

- Vous n’avez pas à vous excuser, tout est de ma faute et je vous prie de bien vouloir me pardonner.

- Ce point étant réglé, je dois vous apprendre que Frère Selin désire vous parler, en tant que directeur de l’école, demain après les cours.

- Merci, je m’y rendrai. Bonne nuit, Frère Nuph.

- Bonne nuit, mon enfant.

Sylclef regarda Nuph partir et rentra dans sa chambre. Elle se coucha angoissée. Que lui voulait le directeur ? Son agitation était si grande qu’elle n’en dormit pas de la nuit.

L’AUTEUR:

Céline Mouret Corazza est une grande amatrice de l’époque médiévale, c’est au cœur des jolies ruelles de Clermont-Ferrand, du Puy-en-Velay et des châteaux forts Auvergnats qu’elle a tiré son inspiration pour l’univers de Quête Primaire. Biologiste de formation et amoureuse de la nature, Céline vit aujourd’hui dans la Drôme avec sa famille, où elle exerce un métier en relation avec sa passion pour les plantes.

Format :  15 *21 cm

Pages 482

Illustration de couverture : Mathieu Coudray

12 illustrations en noir et blanc de Céline Mouret Corazza dont une carte

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