REVUE DE PRESSE : DANS LA PRESSE RUSSE (22 JUIN 2009)

Posted by AT on Mardi 23 juin 2009

 


Kommersant / Nezavissimaïa gazeta

Russie - Etats-Unis: réduction des armements nucléaires contre ABM?

Le président russe Dmitri Medvedev a rendu publiques les propositions russes concernant le remplacement du Traité sur les armements stratégiques offensifs. Il se dit prêt à réduire le nombre des munitions nucléaires et de leurs vecteurs si Washington renonce au système ABM, rapportent ce lundi les quotidiens Kommersant et Nezavissimaïa gazeta.

Il est cependant peu probable que cette condition soit acceptable pour les Etats-Unis.

La déclaration de Medvedev a constitué le prologue, à la fois, de la troisième étape des négociations russo-américaines sur un nouveau traité START, qui s’ouvre aujourd’hui à Genève, et des prochaines discussions avec Barack Obama, qui débuteront le 7 juillet à Moscou. La question des START sera certainement un des thèmes centraux qui y seront abordés.

La volonté du président russe de “réduire le nombre des vecteurs stratégiques de plusieurs fois par rapport au Traité START-1″ est tout à fait logique. Selon le document actuel, le nombre des vecteurs stratégiques (missiles terrestres et navals, et bombardiers stratégiques) ne doit pas dépasser 1.600 unités. En cas d’entente sur une diminution de plusieurs fois du nombre de vecteurs, la Russie n’aura pratiquement rien à faire. “En janvier 2009, déjà, la Russie ne possédait en réalité pas plus de 650 vecteurs stratégiques”, a indiqué Vladimir Dvorkine, général de réserve, aujourd’hui chercheur de haut rang à l’Institut de l’économie mondiale et des relations internationales de l’Académie des sciences de Russie.

Le principal obstacle sur la voie d’un nouvel accord demeure le problème de l’ABM. Dmitri Medvedev a souligné, en particulier, que “les réductions proposées ne seraient possibles que si les Etats-Unis dissipaient les préoccupations russes” à ce sujet.

Alexeï Arbatov, responsable du Centre de la sécurité internationale de l’Institut de l’économie mondiale et des relations internationales de l’Académie des sciences de Russie, estime que l’accord temporaire sur les START, dont Moscou et Washington discutent actuellement, pourrait comporter une réduction du nombre des vecteurs stratégiques, mais inférieure aux chiffres indiqués par Medvedev. Elle pourrait être de 20-30, voire 40%. “La Russie aura donc le temps d’arrêter cette réduction si elle voit que les Américains relancent leurs plans en Europe. Mais je pense qu’ils consentiront à le reporter”, note-t-il à propos du projet américain de déployer un radar en Tchéquie et des missiles antimissiles en Pologne.

Ellen Tauscher, superviseur des négociations russo-américaines sur le désarmement nucléaire au sein du Département d’Etat, déclarait pourtant encore en mai dernier que l’avenir du système ABM en Europe ne ferait pas l’objet d’un marchandage avec la Russie. C’est pourquoi la position rigoureuse de Moscou, annoncée, de plus, publiquement par le président russe, pourrait compliquer sérieusement la conclusion de nouveaux accords sur les START.

RBC Daily / Vedomosti

Poutine adopte un nouveau programme anticrise

Adopté dès avril, le programme anticrise du gouvernement a déjà perdu en actualité: le premier ministre russe Vladimir Poutine a signé vendredi un nouveau document en ce sens, lit-on lundi dans les quotidiens RBC Daily et Vedomosti.

La lutte anticrise du pouvoir devient moins chaotique, mais le gouvernement n’a toujours créé aucun mécanisme garantissant sa transition du virtuel au réel, estiment les experts.

Les autorités ont de fait avoué que les mois précédents de lutte contre la crise n’avaient débouché sur aucun résultat tangible: la production industrielle ne cesse de chuter, le chômage s’aggrave et les revenus de la population reculent. La crise exige un renforcement temporaire du rôle de l’Etat dans la vie économique du pays, stipule le programme. Le premier ministre a appelé les gouverneurs à ne pas s’éloigner de la résolution des problèmes d’entreprises concrètes, bien que cela ne soit pas toujours de leur ressort. “De nombreuses questions ne sont pas de notre compétence, mais nous nous en occupons et continuerons à le faire à l’avenir”, a ajouté Poutine dans une allusion à sa récente visite à Pikalevo.

Le pouvoir ne renonce pas à son soutien aux 295 entreprises prioritaires, mais envisage également d’épauler l’ensemble du secteur réel de l’économie. Le gouvernement s’engage à garantir des crédits substantiels et bon marché pour les compagnies et la population, à freiner l’inflation et la hausse des tarifs, ainsi qu’à mener une politique monétaire raisonnable. La relance de la consommation devrait par conséquent réanimer la production industrielle.

L’économiste en chef de Deutsche Bank Iaroslav Lissovolik craint que le versement des fonds budgétaires sur les mesures indiquées dans le programme s’avère peu efficace. “D’une part, les priorités sont fixées et l’agent est reparti. D’autre part, on ignore toujours comment des fonds concrets contribueront à atteindre des objectifs concrets”, explique-t-il.

Igor Nikolaïev de FBK reste sceptique. Selon lui, le programme classifie les priorités d’une manière étrange: l’augmentation des allocations chômage et l’indexation des pensions ne constituent pas des mesures anticrises.

Pour Evgueni Gavrilenkov, économiste en chef de Troïka Dialog, “un programme anticrise doit être concis et clair, alors que cette version est même difficile à lire. Quant à la comprendre…”

Vedomosti

Medvedev annonce une révolution écologique

La Russie est prête à réduire d’ici 2020 ses émissions des gaz à effet de serre de 10 à 15% par rapport au niveau actuel, a indiqué le président russe Dmitri Medvedev dans une interview à la chaîne de télévision russe Pervy Kanal, citée lundi par le quotidien Vedomosti.

Il s’agit d’une véritable “révolution écologique”, car ce chiffre représente une baisse des émissions de gaz carbonique de 40 à 45% par rapport à 1990, bien que la Russie ne se soit engagée dans le cadre du Protocole de Kyoto qu’à maintenir le volume des émissions au même niveau qu’en 1990.

A titre de comparaison: l’Union européenne s’est engagée à diminuer ses émissions de 8%, le Japon et le Canada - de 6% et les pays de l’Europe orientale et de la Baltique - de 8% en moyenne.

Les investisseurs étrangers ont déjà commencé à investir activement dans la limitation des émissions des gaz à effet de serre en Russie, en finançant le monitorage international de plus de 100 projets possédant un potentiel total de réduction dépassant 200 millions de tonnes de carbone (pour la période 2008-2012). Une centaine d’autres projets se trouvent actuellement en gestation. En deux années d’existence, la procédure de concertation ne s’est cependant pas soldée par l’adoption d’un seul projet. Qui plus est, aucun projet n’a été ne serait-ce qu’examiné.

Les cercles d’affaires s’indignent: l’association Delovaïa Rossia l’a même indiqué fin de mai dans une lettre au président. Les principales compagnies métallurgiques, pétrolières et énergétiques se mordent les doigts, car elles ont des chances réelles de moderniser leur production aux dépens des autres, mais sont incapables d’y parvenir: tous leurs projets se perdent dans les corridors du ministère du Développement économique, responsable de l’adoption de ces documents. Certains fonctionnaires pointent vers leurs supérieurs et affirment qu’il existe une certaine décision politique visant à freiner les projets de ce genre. L’exécution du Protocole de Kyoto constitue, à ce qu’on dit, une monnaie d’échange dans le cadre des négociations sur l’adhésion à l’OMC.

Il est probable que ce fait explique précisément la promesse audacieuse de Medvedev: la Russie a de fait renoncé à son entrée à l’OMC, c’est pourquoi le respect des engagements de Kyoto n’est plus d’actualité. De plus, la crise s’est considérablement répercutée sur l’économie, notamment sur les entreprises métallurgiques et énergétiques, principaux pollueurs de l’atmosphère. Ces dernières ont déjà réduit leurs émissions en raison du recul de la production.

Dans les conditions de crise et de déficit de liquidité, les investissements dans les projets de Kyoto pourraient cependant être considérés comme une forme de soutien aux compagnies les plus progressistes qui dépensent des fonds dans la modernisation de la production. L’essentiel est d’adopter ces projets avant que les investisseurs ne perdent patience et ne s’orientent vers d’autres marchés.

RBC Daily / Vedomosti

Pétrole: Lukoil s’implante aux Pays-Bas

Lukoil rachètera à Total 45% des actions du néerlandais Total Raffinaderij Nederland NV (TRN) pour une somme de 725 millions de dollars d’ici la fin de l’année, lit-on lundi dans les quotidien RBC Daily et Vedomosti.

Les analystes estiment que Lukoil s’occupera également du secteur de l’écoulement de l’or noir dans cette nouvelle région, conformément à sa stratégie visant à contrebalancer les risques qui existent en Russie.

Il s’agit de la deuxième tentative de Lukoil d’acquérir une raffinerie aux Pays-Bas. Ainsi, la compagnie a gagné en 2006 l’offre d’achat de l’usine Europort de Kuwait Petroleum à Rotterdam, mais la compagnie koweitienne avait changé d’avis et renoncé au dernier moment à vendre l’actif.

L’actif principal de TRN constitue la raffinerie de Vlissingen d’une capacité de 158.000 barils par jour (8 millions de tonnes de pétrole par an). TRN possède également une part d’un des plus grands terminaux pétroliers du monde: Massvlatke Olie à Rotterdam. Dow Chemical, propriétaire de 45% TNR, a signé en mai un accord de vente de ces actions à l’américain Valero Energy Group. Ayant recouru au droit de préemption des actions, Total a cependant annulé la transaction pour revendre ce bloc à Lukoil. Selon des sources, la compagnie française a cédé les actions de TRN pour la somme qu’elle avait payée à Dow Chemical.

Lukoil poursuit ses plans stratégiques visant à augmenter sa capacité de raffinage de pétrole à l’étranger, notamment en Europe méridionale et orientale, ainsi que dans les pays du Benelux, explique Dmitri Abzalov, expert en chef du Centre de conjoncture politique. Outre un effet économique, ces actions pourraient également constituer une assurance contre les risques politiques menaçant les affaires en Russie, ajoute-t-il.

Le prix semble tout à fait correct et l’attitude des investisseurs devrait donc être favorable, indique l’analyste d’UniCredit Artem Kontchine. La somme est même inférieure aux dernières transactions sur le marché, fait remarquer Dmitri Lioutiaguine, analyste du groupe d’investissements Veles Kapital. Lukoil payera près de 205 dollars pour chaque tonne du pétrole raffiné, tandis celui de la raffinerie sicilienne ISAB lui coûtait 268 dollars la tonne en 2008.

La position stratégique de la raffinerie - au centre d’une région caractérisée par une consommation maximale des produits pétroliers - permettra à la compagnie d’accroitre à l’avenir une part du marché européen de détail, résume M. Lioutiaguine. Dans un contexte de crise, Lukoil pourrait acquérir des actifs similaires à des prix plus avantageux.

Sources : RIA Novosti, Kommersant, Nezavissimaïa gazeta, RBC Daily, Vedomosti

Ces textes tirés de la presse russe n’engagent pas la responsabilité de la Rédaction

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