ENTRETIEN AVEC NICOLE BAUMANN ET JEAN-CLAUDE TURPIN

Posted by AT on Mercredi 1 juin 2011

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POURQUOI ECRIRE un LIVRE INTITULE :

SANS STRESS LA VIE EST IMPOSSIBLE, COMMENT LE GERER

- 1°) Parce que, d’une part, tout le monde ne connaît le stress que dans son aspect négatif.

- 2°) Or il existe tout un aspect du stress qui est positif qui nous fait vivre et créer.

- 3°) Le stress positif contribue à notre bien être.

- 4°) Quelque soit l’action entreprise bonne ou mauvaise pour la santé, gagner à une loterie

ou perdre sa fortune agissent sur les mêmes systèmes physiologiques du corps humain

mais heureusement les conséquences ne sont pas le mêmes.

- 5°) Tout individu, quelque soit son âge, sa formation … dispose des moyens

pour transformer le mauvais stress en bon stress. Ce livre donne des explications

sur les mécanismes impliqués, la manière d’éviter les stress mal contrôlés

et leurs conséquences.

Le Stress est un mot anglais qui, à l’origine, veut dire tension sur un matériel.

Hans Selye (1936) l’a adapté au domaine médical.

En fait, le stress n’est pas une agression.

C’est la réponse de l’organisme à n’importe quelle demande qui lui est faite :

une réaction d’adaptation à l’effort.

On ne fait rien sans le stress.

EST-CE QUE TOUT CE QU’ON FAIT DANS LA VIE NÉCESSITE UN EFFORT D’ADAPTATION ?

Oui, bien sûr. Que ce soit :

- la maternité et le développement du fœtus,

- l’enfant à l’école, l’adolescence et l’émancipation,

- les activités professionnelles.

- les activités sportives …

Cette adaptation a des limites, quand la sollicitation se situe au delà des possibilités psychiques et somatiques individuelles.

Ce qui était potentiellement un BENEFICE devient alors un DANGER.

Le stress c’est la vie, le moteur de nos pensées et actions.

Le cerveau en est le chef d’orchestre.

Les stimuli peuvent provenir des organes des sens, de nos souvenirs, de nos viscères.

Il peut s’agir de stress chroniques :

liés aux activités professionnelles, familiales … à la maladie.

Il peut s’agir de stress aigus :

-         psychologiques : source de peines (deuil…) ou de  joies (mariage, promotion…).

-         somatiques : repas d’affaire agréable ou non, blessure …

PEUT-ON DONC PARLER DE BON ET DE MAUVAIS STRESS ?

Tout dépend de la manière dont l’individu réagit et de ses capacités de résilience (résistance aux chocs).

Selon l’individu la même situation de stress peut avoir une réponse physiologique

ou des conséquences pathologiques.

Le  terrain génétique et l’environnement, en particulier celui de  l’enfance (épigénome) peuvent avoir une influence.

QUE SE PASSE-T-IL DANS UN BON STRESS ?

Si tout va bien, il y a d’abord une réaction d’urgence lors d’un effort. Alors est mis en route le système sympathique qui est un accélérateur et le système parasympathique qui est un frein. Ceci si l’effort est court. Par exemple, un travail qui doit être achevé dans un temps record, le trac chez un acteur, une épreuve dans un championnat sportif, un examen. Le cœur s’accélère, la respiration aussi et beaucoup de systèmes interviennent pour oxygéner le cerveau et les muscles. Le rôle de l’adrénaline est déterminant. La réussite liée à ces stress s’accompagne d’une notion de bien-être. D’ailleurs l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) a défini en 1946 la santé  de la manière suivante : « La santé est un état de complet bien-être physique, mental et social et ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d’infirmité. »

Si l’effort est bien toléré et continu pendant plusieurs heures, si ce bon stress se prolonge,

se produit alors une réaction d’endurance qui met en jeu le système neuro-endocrinien avec l’activation de l’ensemble des hormones : cortisol, hormones thyroïdiennes, hormones sexuelles… Là encore si tout va bien, il y a une adaptation rapide et un retour à la normale après l’effort.

QUE SE PASSE-T-IL DANS UN MAUVAIS STRESS ?

Un même facteur de stress peut, selon les individus et le moment, être bon ou mauvais.

Par exemple, quand le montagnard gravit un sommet, cela est gratifiant ; si l’effort dépasse ses possibilités, le bon stress devient mauvais. Il en est de même pour le coureur de marathon. Tout dépend de l’état de l’individu, de son entraînement, de son degré de fatigue physique ou mentale.

Le  mauvais stress est un stress qui dépasse nos possibilités d’adaptation. Un peu de stress est stimulant, beaucoup de stress est paralysant. C’est notre incapacité à résoudre et à dominer

les problèmes, qui peut entraîner la bascule d’un bon au mauvais stress, mais courage !

On peut tout à fait rebasculer dans le bon sens.

L’effet de l’agent stressant n’est lié qu’en partie à l’évènement lui-même mais aussi à la manière dont il est vécu par la personne. Si l’effort est trop important, il n’y a plus sécrétion des  hormones sauf du cortisol. Trop de cortisol diminue les réactions de défense de l’organisme (immunitaires).

La modulation du système immunitaire et ses relations avec les autres systèmes impliqués dans les réactions aux stress font probablement partie des découvertes les plus importantes

de ces dernières années. Si le stress aigu peut favoriser les mouvements des lymphocytes et les active dans la lutte contre un agent pathogène, le stress  chronique diminue nos défenses

à cause de l’action des catécholamines (noradrénaline et adrénaline) et du cortisol.

QUEL EST LE RÔLE DU CERVEAU CHEF D’ORCHESTRE ?

De même qu’il y a eu des progrès sur les moyens de communications et les médias, avec association de la radio, du téléphone, de la télévision, d’internet, des SMS, nos connaissances se sont considérablement accrues dans le domaine des interactions bi-directionnelles entre le cerveau et les autres organes du corps. Les progrès de l’imagerie cérébrale : IRM (imagerie par résonance magnétique) conventionnelle, IRM fonctionnelle, caméra à positons, permettent de voir le cerveau pour pouvoir analyser sa réactivité.

Le développement des recherches menées dans le domaine des facteurs chimiques de communication : entre les cellules nerveuses (neurotransmetteurs), hormones (substances déversées dans le sang par une cellule endocrine), cytokines (substances secrétées par les globules blancs) sont d’immenses champs de recherche.

Il existe une inter-relation permanente entre le cerveau et tous les autres organes du corps qui sont sous sa dépendance.

Le cerveau réceptionne les facteurs de stress. Cette réception mobilise les différents systèmes qui, comme des instruments d’un orchestre, interviennent à différents moments de cette partition nécessaire à notre vie.

Les régions du cerveau qui sont impliquées sont en particulier la partie antérieure du cerveau (cerveau préfrontal) qui est nécessaire au  raisonnement, l’hippocampe dont le rôle est important dans la mémoire et le stockage des souvenirs, l’amygdale siège des émotions.

Tout doit fonctionner ensemble. La raison ne peut fonctionner à plein régime que si elle est liée en permanence aux émotions. Le stress mal contrôlé est lié en partie à une mauvaise gestion des émotions. Les facteurs psychologiques diminuent les réponses immunologiques, qu’il s’agisse de discordes conjugales et de chômage, voire d’examens scolaires. D’autres facteurs de la vie familiale peuvent avoir des conséquences sur le système immunitaire. Il en est ainsi des aidants. Une personne qui s’occupe de manière continue de quelqu’un de sa famille atteinte d’une maladie grave, peut développer moins d’anticorps lors de la vaccination contre la grippe. Ceux qui soignent leurs conjoints, atteints par exemple de maladie d’Alzheimer, ont aussi une moins bonne réponse immunitaire.

Tous les services de santé : infirmières, médecins … et services de sécurité : pompiers, gendarmes, police, gardiens de prisons … doivent bénéficier d’un encadrement psycho-social pour compenser le mauvais stress dans leurs vies professionnelles ;  il en est de même du corps enseignant.

COMMENT GÉRER SON STRESS DANS LA VIE QUOTIDIENNE ?

Le stress nous accompagne tout au long de notre vie quotidienne, dans toutes nos activités personnelles, familiales, professionnelles et dans nos loisirs.

A tous les instants, le stress peut être favorable ou défavorable, depuis le début jusqu’à la fin de la vie. Malgré des circonstances de la vie parfois difficiles, il faut tout faire pour qu’un bon stress ne devienne pas un mauvais stress avec toutes ses conséquences sur notre état de santé.

Tout le monde ne réagit pas de la même façon. Il y a des facteurs génétiques mais ceci n’explique pas tout.

L’éducation, l’environnement jouent un rôle majeur sur l’expression des gènes

depuis la plus tendre enfance jusqu’à l’âge adulte et même jusqu’à la vieillesse.

Nous nous construisons et pouvons nous détruire tout au long de la vie.

Il est par exemple nécessaire d’adapter son mode de vie en cas de grossesse. La maternité même si elle est vécue comme un évènement heureux, est pour la femme une astreinte,

car elle lui impose le contrôle de son alimentation et de son sommeil, l’arrêt de certaines nuisances (tabac, alcool, fatigue excessive), la cessation de certaines activités sportives …

et la menée parallèlement à sa grossesse ses activités professionnelles. La législation du travail protège la femme enceinte : arrêt de travail, congé de maternité, étude de profils de postes de travail …

Le développement des circuits neuronaux de l’enfant est influencé par la vie familiale.

Les parents ont un rôle important à jouer tant au niveau de l’apprentissage que dans l’éducation. Le corps enseignant joue un rôle dès l’entrée de l’enfant dans le circuit scolaire.

Il est bien connu maintenant par les techniques d’imagerie que le cerveau continue à se développer jusqu’à l’âge de 20 ans, au moins, ce qui peut expliquer, chez l’adolescent,

des comportements parfois différents des adultes, comportements difficile à comprendre, à maîtriser et/ou à cerner. Dans le cadre de l’adolescence, une mauvaise entente avec l’entourage, des difficultés scolaires sont source de conflits, mais la période des examens et concours est un stress partagé par l’adolescent et son entourage. Il est important de bien orienter son enfant en fonction de ses capacités, de ses demandes, de l’environnement professionnel et personnel et des besoins de la collectivité.

LA VIE PROFESSIONNELLE EST-ELLE EN CAUSE ?

La vie professionnelle peut être cause de stress. Des études scientifiques ont été menées afin d’établir les liens entre le travail et santé. Un travail dans des conditions satisfaisantes

et la satisfaction reconnue du travail bien fait entraîne une valorisation de l’être humain.

A contrario, l’absentéïsme, non lié à un état de santé, peut être dû à un malaise psycho-social qui crée un stress. La perception de ce risque dans l’organisation de l’entreprise a son importance et doit être obligatoirement prise en compte par toutes les Directions et relayée

par la Direction des Relations Humaines.

Il est nécessaire que les Chefs d’entreprise, malgré les contraintes législatives et/ou commerciales, tiennent compte des risques psycho-sociaux pouvant aboutir aux tentatives de suicide : par la fixation d’objectifs inatteignables, l’obtention de résultats dans un minimum

de temps, les exigences de productivité toujours croissantes et/ou la perte d’autonomie décisionnelle des cadres et des employés. Depuis 2007, plusieurs dizaines de suicides dans de grandes entreprises de haute technologies ont mis en relief de façon dramatique la montée

en puissance de ce risque psycho-social.

Pour participer à la bonne gestion du stress en entreprise, il serait souhaitable que les salariés puissent participer à des tables rondes et/ou créer et répondre à des questionnaires de façon à évaluer leur latitude décisionnelle et la favoriser.

Le médecin du travail dans l’évaluation du profil de poste doit tenir compte des données ergonomiques (supprimer les charges trop lourdes, limiter les gestes répétitifs …) pour le confort des salariés.

Il est nécessaire pour la compétitivité des entreprises, dans tous pays, de tenir compte

du savoir-faire des salariés, des cadres et des seniors qui peuvent sous différentes modalités juridiques continuer d’apporter leurs compétences à l’entreprise. Les salariés, quelque soit

leur âge, doivent pouvoir entreprendre des formations et changer aussi d’activité au sein

ou en dehors de l’entreprise (formation continue sur place ou à l’extérieur de l’entreprise et aussi télétravail). Ceci existe et doit être favorisé.

ET LE VIEILLISSEMENT DE LA POPULATION ?

Il faut être attentif au vieillissement de la population et limiter les facteurs de mauvais stress. La solitude de la personne agée et son déracinement sont souvent la cause

de dépressions. Il faut l’intégrer à sa nouvelle vie sociale et tout faire pour ne pas la dépayser : développer le maintien à domicile, les aides à domicile tant que leur autonomie leur permet une certaine indépendance. Il faut mettre en place ou développer des activités qui leur permettent de se rencontrer et d’avoir une vie agréable et inter-générationnelle.

Le mauvais stress n’est pas la cause d’une maladie, mais il peut la révéler, en modifier l’évolution, voire déclencher des manifestations cliniques. Il n’épargne aucun organe.

Il est responsable de maladies digestives, cutanées, neurologiques, cardiaques et psychiatriques.

Il faut à la fois traiter la maladie déclenchée et les stress psychologiques. Des méthodes paramédicales sont un complément des thérapeutiques somatiques, qu’il s’agisse de la relaxation, du soutien psychologique, des méthodes cognitives et comportementales, mais aussi de l’hypnose, de la sophrologie, du yoga …

En effet, le cerveau émotionnel est directement impliqué dans le stress.

Il est important pour chaque individu, de bien organiser sa vie quotidienne et de faire la liste d’évènements qui provoquent, chez lui, un mauvais stress de façon à le diminuer, voire à le supprimer.

De  même, il faut favoriser les activités de bon stress en recensant les facteurs qui le favorise ce qui pourra aussi aider à lutter contre le mauvais stress.

Le but définitif est d’obtenir  un  stress sans détresse.

BIOGRAPHIE DES AUTEURS :

Le docteur Nicole Baumann, neuropsychiâtre, est directeur de recherches à l’Hôpital de la Salpêtrière. Neurobiologiste, elle a dirigé pendant plus de vingt ans une unité de recherches

de l’INSERM  en neurobiologie cellulaire, moléculaire et clinique, en s’intéressant tout particulièrement aux maladies neurodégénératives d’origine métabolique et aux cellules gliales, partenaires des neurones. Elle a crée le Club Français des Cellules Gliales et mis en place le 1er Congrès européen dénommé Euroglia. Elle a contribué à coordonner un livre sur « Stress, pathologies et immunité ». Actuellement, en qualité « d’ impresario scientifique » elle poursuit des recherches sur les marqueurs biologiques du stress … liées au vieillissement cérébral.

Le professer Jean-Claude Turpin est ancien chef du service de neurologie du CHU de Reims. Neuropsychiâtre et neuropédiâtre, il a organisé à Reims l’enseignement de la Médecine Sociale (Santé Publique, Médecine du Travail, Médecine légale). Il développe la formation médicale continue (conférences, CD-Rom) et la rédaction d’ouvrages grand public sur le handicap. Il intervient également dans l’aide humanitaire (Syrie, Cambodge). Avec Monsieur Jean-Louis Guesdon, et le Docteur Nicole Baumann a contribué à l’organisation d’une visioconférence sur le stress pour les Pays Francophones en partenariat avec l’Université PARIS XI, l’Ecran médical, le CCSTVN et la société Mundexpand.

Texte intégré au CD-ROM issu du livre

dans le chapitre des questions/réponses.

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