EDITION SPECIALE : MOLDAVIE, UN PAYS EN CRISE

Voir aussi notre précédente édition :

DANS LE COLLIMATEUR : TRISTES PERSPECTIVES POUR LA MOLDAVIE

du 11 mai 2009

La Moldavie, petit pays issu en 1991 de l’éclatement de l’Union Soviétique, s’enfonce dans une profonde crise politique, économico-sociale et identitaire.

Un pays pris en étau entre :

à l’Est la PMR, pro-russe, la « République Moldave de Priednestrovie », connue aussi sous le nom - impropre - de « Transdniestrie », qui a refusé dès 1989 l’intégration à l’Etat Moldave et a imposé en 1990-93 son indépendance de facto après un sanglant conflit armé engagé et perdu par Chisinau ;

et à l’Ouest la Roumanie, où malgré l’intégration à l’UE les nostalgies nauséabondes de l’ère fasciste et autoritaire, ont laissé un vivace courant politique qui rêve encore et toujours de la restauration d’une « Grande-Roumanie » - celle de 1918-1944 - et vise à l’annexion de la Republica Moldova.

30.07.2009 / TIMPUL  :

« CHISINAU JOUE SA DERNIERE CARTE … »

« Les résultats des élections législatives moldaves qui se sont déroulées mercredi 29 juillet 2009 sont connus : le Parti communiste moldave, dont est issu l’actuel président, Vladimir Voronine, a recueilli un peu plus de 45 % des votes, tandis que la coalition des partis de l’opposition libérale obtenait un peu plus de 50 % des voix. “L’opposition a gagné et peut former le nouveau gouvernement”, titre le quotidien moldave Timpul en une. Le quotidien se réjouit également du bon taux de participation : “Plus de 60 % des Moldaves ont voté, en Moldavie et à l’étranger.” Les communistes restent donc le premier parti du pays, mais ils subissent une érosion de leur électorat et ils n’auront pas assez de sièges au Parlement pour atteindre les 51 (sur 101) voix nécessaires pour décider de la future politique du pays. L’opposition pourra de son côté former un gouvernement si tous les partis restent unis, mais elle ne pourra pas désigner un nouveau président, car son élection se fait à la majorité de trois cinquièmes et l’opposition n’a pas les 61 voix nécessaires. Les jeux restent donc ouverts. La Constitution moldave prévoit en outre que deux élections anticipées ne peuvent pas avoir lieu la même année. La négociation semble donc la seule voie politique praticable jusqu’en 2010.

(…)  Les élections législatives du 29 juillet, qui font suite à l’incapacité du Parlement à choisir un nouveau président, devraient entériner l’affaiblissement du Parti communiste, que les sondages créditent d’environ 30 % des intentions de vote au lieu des 50 % habituels. Un niveau malgré tout suffisant pour conserver le contrôle du pays. »

29.07.2009 / JURNAL DE CHISINAU :

« DES ELECTIONS LEGISLATIVES SANS REEL VAINQUEUR »

L’analyse du très anti-communiste et pro-occidental Jurnal De Chisinau :

« Les observateurs s’attendent à ce que ces nouvelles élections législatives fragilisent le système politique de la République moldave. Signe d’un futur politique chaotique, les forces démocratiques auront fort à faire pour ne pas succomber à la tentation des alliances et des désertions. Concrètement, la Moldavie prend la trajectoire classique des Etats bloqués sur le plan politique par une faillite économique et sociale.

Cette situation, très fréquente à la périphérie de l’ex-empire soviétique, explique pourquoi ces élections ne sont finalement pas si importantes. La réalité de fond de l’Etat moldave n’est désormais plus liée aux actions de son corps politique élu. La Moldavie est d’abord un pays économiquement sous-développé, souffrant d’un dépeuplement qui a laissé derrière lui un prolétariat rural moribond.

Confrontées à la même situation, d’autres ex-républiques soviétiques ont quant à elles trouvé des échappatoires : la récupération du passé national (telles les républiques baltes), le poker énergétique (les Etats de l’Asie centrale riches en ressources naturelles) ou l’option pro-occidentale offerte par les intérêts stratégiques américains (Géorgie et Ukraine) (…) Ses ressources naturelles sont presque nulles et l’alliance stratégique avec l’Occident est compromis par la présence militaire russe en Trandniestrie. La Moldavie est donc un pays hermétiquement fermé. Cet état de fait dicte la suite des événements. A chaque cycle électoral, la crise interne de la société moldave s’aggrave, et le moment où le système politique ne dirigera plus qu’un Etat fantôme n’est pas loin. »

L’AVIS DES PARTISANS ROUMAINS DE LA « GRANDE-ROUMANIE ».

30.04.2009  / JURNALUL NATIONAL :

« UN PAYS SANS NATION ET SANS ESPOIR »

Une vision historique biaisée et idéologique qui tente de justifier l’annexion de la Republica Moldova par Bucarest. On notera que le propos n’est pas celui d’un ultra-nationaliste d’extrême-droite mais bien celui de Adrian Severin, Député socialiste européen, ancien ministre des Affaires étrangères de Roumanie (les rêves de « Grande-Roumanie » sont un poison qui pénètre profondément la société et la classe politique roumaines) :

« La victoire des communistes aux législatives du 5 avril a été accueillie par de nombreuses violences. Un conflit qui illustre la crise identitaire des Moldaves.

Les violences postélectorales en Moldavie offrent l’image d’un Etat livré à lui-même. Se trouvant dans une crise d’identité chronique, il manque cruellement de critères de cohésion. La population vit dans la confusion, notamment en ce qui concerne son passé. Est-elle moldave, roumaine ou autre chose encore ? Comme si les citoyens moldaves étaient prisonniers d’un univers identitaire kafkaïen… Ils parlent le roumain, mais l’appellent le moldave ; ils écrivent en caractères latins, mais on leur suggère qu’ils pourraient être slaves. L’inepte dictionnaire moldavo-roumain [édité il y a quelques années à l'initiative du président Vladimir Voronin] n’a fait qu’accentuer la confusion, car la langue n’est pas seulement un moyen de communication, mais aussi une manière spécifique de penser (…) Comment revendiquer une identité, si la culture et la nation qui lui sont liées se sont développées au-delà des frontières, surtout si on essaie de les occulter ?

Les Moldaves souffrent aussi d’un manque de perspectives. Un projet national ne peut résulter que d’un débat démocratique. La nation est un plébiscite quotidien. Mais cela nécessite un espace public où les membres conscients, responsables et actifs de la société expriment leurs aspirations, leurs craintes et leurs valeurs, définissant ainsi un agenda national minimal. En Moldavie, cet espace est inexistant. Avec une presse sous contrôle, une société civile éparse et provinciale, des institutions publiques rétrogrades et obscures, la démocratie moldave est creuse. Elle se résume à des messes électorales organisées à la manière soviétique. Les principaux acteurs d’une démocratie représentative, les partis, ne sont pas politiques mais géopolitiques - à savoir porteurs de messages venant de l’Ouest ou de l’Est. Si l’on ajoute à cela le sécessionisme transdniestrien à motivation géopolitique [la Transdniestrie est soutenue par Moscou], on comprend pourquoi personne ne croit vraiment à l’existence d’un Etat moldave.

Entre passé confus et avenir incertain, les Moldaves vivent un présent marqué par la pauvreté et la corruption, les deux aggravées par l’émigration des élites et le retour au pays, sous la pression de la crise économique mondiale, des ouvriers qui assuraient leur subsistance à l’étranger. » Au-delà de la manipulation, la rébellion des jeunes Moldaves à Chisinau est la véritable poussée originelle par laquelle la Moldavie désespérée - constituée des élites modernes, actives et pro-occidentales qui ont goûté à la civilisation du XXIe siècle - conteste la Moldavie résignée - soit la masse inerte et conservatrice bloquée dans la sécurité illusoire de l’agriculture de subsistance. »

LA POSITION DES COMMUNISTES MOLDAVES.

31.07.2009  / RIA NOVOSTI :

« MOLDAVIE: LE PARTI COMMUNISTE PRET A PASSER A L’OPPOSITION »

CHISINAU, 31 juillet - RIA Novosti. « Le Parti communiste de Moldavie, au pouvoir depuis 2001, a promis vendredi à Chisinau de passer à l’opposition si l’opposition, qui avait remporté les législatives de mercredi, formait une coalition libérale de droite avec des forces radicales à tendance extrémiste.

“C’est le seul moyen d’empêcher la réalisation des scénarios de destruction de l’économie, du secteur social et de l’État moldave”, est-il indiqué dans un communiqué adopté vendredi lors d’une réunion du Parti communiste présidée par le chef d’État Vladimir Voronine.

Le parti communiste a perdu les législatives anticipées du 29 juillet obtenant 48 sièges sur 101 au parlement, alors que les quatre partis d’opposition en totalisent 53. Les communistes n’ont pas le droit d’élire le président du pays et se voient obligés de former une coalition avec des partis d’opposition.

Selon les résultats préliminaires après le dépouillement de 100% des bulletins de vote, le parti communiste de Moldavie a recueilli 44,7% des suffrages, le Parti libéral-démocrate, 16,6%, le Parti libéral 14,7%, le Parti démocratique 12,5% et l’alliance Notre Moldavie 7,3%. »

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